Le crédit à la création d’entreprise et la « paix sociale » en Algérie

  • Créé le : 01/10/2014
  • Modifé le : 01/10/2014
Créée en 1996, l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej), un organisme public, a comme principale préoccupation la réduction du chômage et du travail au noir. Elle veut aussi éviter que les jeunes algériens ne quittent le pays pour d’autres horizons. L’Etat algérien souhaitait donner un avenir aux jeunes, les calmer et aussi selon certains, stabiliser l’Etat.  Il  leur donne alors un accès facile  à des crédits pour monter leur entreprise.

Notre article évoque les effets pervers de bonne intentions. Il est tiré d’un article de l’Express.
Note d’AC Franchise : avertissement aux franchiseurs et franchisés, ne tombez pas dans les travers cités plus bas, faites une véritable étude de faisabilité et sélectionnez bien les projets et les partenaires.

Accès facile au crédit

L’Algérie compte 38 millions d’habitants dont trop de jeunes de moins de 25 ans au chômage.  Cette politique d’accès facile au crédit accorde à ces jeunes des crédits pouvant atteindre 10 millions de dinars (93 000 euros environ) afin de favoriser la création d’entreprises et faire que ces jeunes aient un travail et une activité dans laquelle ils s’occuperaient. Mais voilà, la facilité d’octroi de ces prêts à taux très réduit avec un apport minimal et l’échelonnement des remboursements à long, voire très long terme, ont donné naissance à 300 000 « entreprises » et quelque 730 000 emplois. Malheureusement, force est de constater que ces structures créées grâce aux crédits ne sont qu’une façade qui cache derrière une activité trop souvent inexistante ou presque.

Prenons l’exemple d’un jeune de 28 ans qui se voit accorder un prêt pour ouvrir une boulangerie. Ce jeune qui n’a aucune expérience et qualification dans le domaine présente à l’Ansej un certificat professionnel trafiqué et un devis établi par un fournisseur douteux. Il obtient alors la somme de 60 000€. Sans aucun contrôle des instances, ce jeune se lance alors non pas dans le pétrissage du pain mais dans l’achat vente voitures d’occasion venues d’Europe et dans un commerce de chaussures orthopédiques.

Un système attractif mais qui n’a pas porté ses fruits concrètement

Alors que d’autres secteurs, comme celui du BTP pourraient être générateur d’emplois, de nombreux projets ont vu le jour dans le secteur  du service et essentiellement le secteur du transport. Comment un jeune sans qualification peut-il devenir entrepreneur avec seulement une somme d’argent dans sa poche. Le résultat est que ce système d’octroi de crédit facile a donné le jour à de nombreux pseudo-entrepreneurs mais pas à de véritable « travailleurs ». Conséquence ? La main d’œuvre algérienne est en pénurie ! L’économiste Zoubir Benhamouche dénonce une politique « populiste » : « Croire qu’un jeune chômeur sans qualification peut créer sa propre entreprise est une idée fausse. » 

La bonté de l’Etat a des conséquences !

A trop octroyer de crédit, l’Ansej a permis une saturation de certains secteurs comme celui des transports. Dans une même et une seule ville, plusieurs nouveaux entrepreneurs proposent le même service, la part de marché de chacun s’en voit réduite et les résultats ne sont au rendez-vous. Certains travaillent à perte, alors que d’autres ne pensent même pas à rembourser leur crédit. Même si l’État a mis en place des formations dans différents domaine d’activité comme en menuiserie, en mécanique ou en comptabilité, les jeunes algériens attirés par l’argent facile désirent en gagner rapidement sans fournir le moindre effort. Ainsi sur des milliers de dossiers déposés à l’Ansej, seulement un tout petit pourcentage justifiaient d’un dossier sérieux et concret pouvant générer des profils.

La politique de l’argent facile était la solution pour occuper les jeunes et  inverser la courbe du chômage en Algérie. Beaucoup pensent que l’État « jette l’argent par la fenêtre » sans se soucier de l’aboutissement concret des projets rendus possible grâce aux crédits.  Il compte en effet sur les recettes des hydrocarbures qui assurent 97% des recettes d’exportations et les deux tiers des recettes budgétaires de l’État. Mais de nombreux experts donnent l’alerte en protestant que la rente des hydrocarbures diminue et qu’il faut sans tarder rééquilibrer les dépenses et arrêter de distribuer sans contrepartie productive.

Vu dans L’Express

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