Alors que la franchise Piscines Desjoyaux prépare le passage de témoin à la quatrième génération familiale, son PDG Jean-Louis Desjoyaux revient sur les investissements structurants menés à La Fouillouse. Entre nouveau centre de recyclage, diversification vers le PVC et intégration quasi totale de la production, le groupe stéphanois consolide un modèle industriel qu’il revendique unique au monde.

Une usine entièrement intégrée, pensée comme un outil industriel
Depuis son site historique de La Fouillouse, dans la Loire, Jean-Louis Desjoyaux ne se présente jamais comme un simple pisciniste, mais bien comme un industriel à part entière. Selon lui, aucune autre entreprise du secteur ne dispose d’un modèle de production aussi intégré, alors même que le groupe exporte dans près de 80 pays. D’ici quelques mois, huit métiers différents seront réunis sur ce site unique.
Cette intégration se traduit par des chiffres impressionnants : environ 95 % des composants d’une piscine Desjoyaux sont désormais fabriqués en interne. Seules quelques pièces en inox ou en aluminium, difficilement remplaçables par du plastique, continuent d’être achetées à l’extérieur. Des éléments autrefois importés de Chine, comme des boulons ou des rondelles, sont désormais produits directement sur place. Cette stratégie répond à une conviction forte du dirigeant : fabriquer en France est possible sans surcoût, à condition de maîtriser l’intégralité de la chaîne de production.
Le recyclage plastique, moteur d’une diversification hors piscine
Le groupe familial recycle du plastique depuis 1992, une démarche née à l’origine d’un choix économique plutôt qu’une conviction écologique préétablie. Cette expertise historique a récemment franchi un nouveau cap avec la mise en service d’un centre de tri entièrement rénové, comprenant déchiqueteur, broyeur, unités de lavage, de séchage et un système de tri optique.
Ce projet, mûri depuis une quinzaine d’années, a finalement pu être réalisé pour un montant compris entre 11 et 12 millions d’euros grâce à une solution clé en main conçue avec un partenaire portugais, pour environ la moitié du budget initialement envisagé.
Ce nouvel outil permet au groupe de produire à parts quasi égales du polypropylène et du polyéthylène recyclés, à raison d’une cinquantaine de tonnes par semaine. Une activité jugée particulièrement rentable par le dirigeant, la matière vierge coûtant aujourd’hui environ dix fois plus cher que la matière recyclée. Sans cet outil, l’entreprise aurait été contrainte d’augmenter ses tarifs de 10 à 20 % au minimum.
Parallèlement, une machine de calandrage a été mise en route, avec une capacité de production de 6 millions de mètres carrés de PVC par an, dont 800 000 mètres carrés destinés à la consommation interne du groupe. Le reste de cette production, soit plus de 5 millions de mètres carrés, ouvre la voie à un nouveau débouché commercial : le PVC d’étanchéité.
À terme, cette diversification pourrait représenter entre 20 et 30 % du chiffre d’affaires du groupe d’ici cinq ans, un axe stratégique pensé pour lisser la saisonnalité du marché de la piscine et limiter l’exposition aux aléas climatiques et géopolitiques.
Un financement autonome et une transmission familiale en cours
L’ensemble de ces investissements, qui atteint 50 millions d’euros sur la période récente, dont la moitié sur les deux dernières années, a été intégralement autofinancé. Le dirigeant indique disposer aujourd’hui d’un endettement négatif, sa trésorerie dépassant largement sa dette.
Cette solidité financière s’accompagne d’une transmission progressive à la quatrième génération : sa fille Fanny est en charge du marketing et de la communication, tandis que son fils Nicolas occupe la fonction de directeur général.
Le groupe doit également composer avec un contexte plus difficile pour certains marchés européens. L’Allemagne, particulièrement touchée par les répercussions économiques de la guerre en Ukraine, a vu son nombre de piscines installées chuter fortement, une baisse que le dirigeant attribue avant tout à une contraction du pouvoir d’achat des ménages plutôt qu’à un désintérêt pour le produit.