En avril dernier, le réseau Mondial Tissus a franchi une nouvelle étape dans sa stratégie d’implantation en ouvrant un second magasin parisien, cette fois dans le 14e arrondissement. Une décision qui tranche avec l’ADN historique de l’enseigne, davantage habituée aux zones périphériques. Bernard Cherqui, directeur général du groupe lyonnais fondé il y a 45 ans, revient sur les raisons de ce choix stratégique et sur les grands chantiers en cours : développement du e-commerce, expansion internationale, impact du contexte géopolitique sur l’activité, et engagement en faveur d’une consommation plus responsable. Également président de l’Alliance du commerce, il livre par ailleurs son regard sur la concurrence des plateformes extra-européennes et sur les enjeux du commerce physique de proximité, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027.

Paris, un nouveau terrain de jeu pour Mondial Tissus
L’ouverture du magasin du 14e arrondissement, sur une surface de 700 m², s’inscrit dans la logique de la « ville du quart d’heure« , concept porté par l’ancienne maire de Paris Anne Hidalgo et visant à permettre aux habitants de satisfaire l’essentiel de leurs besoins à pied ou à vélo. Contrairement au 18e arrondissement, où le marché Saint-Pierre concentre déjà une offre de tissus, le 14e en était dépourvu. La baisse des prix de l’immobilier commercial a également facilité ce retour en centre-ville, un mouvement que plusieurs enseignes observent actuellement à Paris.
Si la rentabilité de ce nouveau point de vente se confirme, la direction n’exclut pas d’ouvrir trois à quatre magasins supplémentaires dans la capitale. En revanche, la région Auvergne-Rhône-Alpes, bassin historique du groupe où sont déjà implantés 14 magasins, dispose d’une couverture jugée suffisante pour l’instant.
Sur le plan financier, le réseau a réalisé 150 millions d’euros de volume d’affaires en 2025, un montant stable attendu pour 2026. Le digital, qui représente un peu plus de 10 % de ce chiffre avec un catalogue de 100 000 références, constitue un relais de croissance identifié au même titre que l’international.
Le groupe est aujourd’hui présent dans neuf pays européens, dont la Belgique, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne et la Suisse, et s’appuie depuis un an et demi sur une marketplace complémentaire à son site marchand. L’intelligence artificielle est notamment utilisée pour traduire les fiches produits dans différentes langues, facilitant l’approche de nouveaux marchés comme la Pologne, tandis que le Royaume-Uni reste pour l’instant écarté en raison des complications logistiques liées au Brexit.
Résilience économique et engagement pour un commerce plus durable
Le contexte économique récent a mis à l’épreuve la capacité d’adaptation du groupe. Après avoir traversé une période de crise il y a trois ans sans recourir aux licenciements, mais en opérant des arbitrages stricts sur les investissements, le réseau Mondial Tissus amorçait une reprise solide fin 2025 avant que les tensions au Moyen-Orient ne viennent peser sur le climat économique général.
La hausse du carburant, si elle reste pour l’instant contenue grâce aux accords passés avec les transporteurs, affecte indirectement la fréquentation des magasins puisque 80 % de la clientèle s’y rend en voiture, les enseignes étant majoritairement situées en périphérie. Une baisse de la consommation de carburant de 10 à 15 % a ainsi été observée, traduisant un climat d’inquiétude générale peu propice aux achats.
Sur le plan sociétal, l’enseigne s’inscrit dans une démarche de consommation plus responsable à travers le label Qualirépar, qui permet aux clients de bénéficier d’un bonus réparation pour l’entretien de leur machine à coudre ou de leurs vêtements. Cette philosophie trouve un prolongement dans le Défi Slow Création, initiative portée par le groupe et dont la deuxième édition s’est conclue par une finale nationale à Paris le 1er juillet 2026.
L’objectif n’est pas de prôner l’arrêt de la consommation, mais de proposer une alternative où chacun peut redevenir acteur de ses achats, à rebours de la logique du tout-jetable qui caractérise l’ultra fast-fashion.
En tant que président de l’Alliance du commerce, Bernard Cherqui porte également une réflexion plus large sur l’avenir du commerce physique de proximité, menacé selon lui par la concurrence déloyale de plateformes extra-européennes ne respectant pas les mêmes obligations fiscales et réglementaires. Une tribune est en cours de rédaction avec la fédération Procos, destinée à être présentée aux candidats à l’élection présidentielle de 2027 dès la rentrée de septembre, afin d’alerter sur les enjeux du commerce de proximité et sur la progression continue de la vacance commerciale en France.