À La Fouillouse, dans la Loire, Piscines Desjoyaux célèbre en 2026 ses 60 ans d’existence. Devenue numéro un mondial du bassin enterré, la PME familiale fondée par un maçon en 1966 revendique aujourd’hui 270 000 piscines vendues dans 87 pays. Portée par un plan d’investissement de 50 millions d’euros, l’entreprise vise la souveraineté industrielle totale d’ici fin 2027. Elle mise aussi sur l’économie circulaire pour diversifier ses débouchés et profite des épisodes de canicule à répétition pour conquérir de nouveaux marchés. Retour sur la trajectoire d’un champion industriel régional resté fidèle à son ancrage stéphanois.

Une histoire familiale née d’un bassin de jardin
Tout commence à l’été 1966, à Cuzieu. Jean Desjoyaux, entrepreneur en maçonnerie, construit de ses mains une piscine pour ses trois enfants, Catherine, Jean-Louis et Pierre-Louis. À une époque où le bassin privé reste un symbole réservé à une minorité en Europe, l’objet suscite immédiatement la curiosité du voisinage. De cet engouement local naît une ambition industrielle : démocratiser la piscine pour les familles modestes.
Aux commandes depuis 1987, Jean-Louis Desjoyaux, aujourd’hui âgé de 73 ans, a fait de cette intuition familiale un groupe industriel structuré autour d’une seule usine, à La Fouillouse, entre Saint-Étienne et sa périphérie. Le site emploie désormais 180 salariés et fonctionne en continu, 24 heures sur 24. La relève est déjà organisée : Nicolas Desjoyaux occupe la direction générale, tandis que Fanny Desjoyaux pilote la communication du groupe, aux côtés de leur père toujours actif dans l’entreprise.
Deux innovations majeures ont scellé l’essor du groupe dans les années 1980. En 1978, Jean Desjoyaux invente le coffrage permanent en polypropylène, qui permet de livrer les bassins en kit plutôt que de les couler sur place. Cinq ans plus tard, la marque introduit la filtration par membrane intégrée à la paroi, supprimant les canalisations traditionnelles et réduisant la consommation d’eau et d’énergie. Dès 1992, Jean-Louis Desjoyaux généralise l’usage de plastique recyclé issu de déchets ménagers et industriels dans la fabrication des coffrages, bien avant que l’argument écologique ne devienne un standard marketing. La même année, l’entreprise entre en Bourse, où elle conserve aujourd’hui encore un flottant de 30 %.
Une expansion internationale face à un marché très concurrentiel
Ce socle technologique a permis à la marque de densifier son maillage en Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Hongrie, Royaume-Uni), puis de s’implanter aux États-Unis, au Brésil — devenu son troisième marché —, ainsi qu’au Maroc, au Cameroun et dans l’ensemble du Golfe.
Le réseau Desjoyaux y a récemment livré des chantiers d’envergure : une piscine lagon de 4 300 m² en Égypte et trois lacs artificiels de 4 250 m² en Arabie saoudite. La marque s’ouvre également au marché des bassins collectifs, avec deux piscines livrées près de Shanghai et un projet aux Pays-Bas, en partenariat avec le réseau de campings Huttopia. L’export représente aujourd’hui 40 % du chiffre d’affaires du groupe, avec un objectif affiché de 50 % à court terme.
Avec 180 concessionnaires exclusifs en France et 400 dans le monde, Piscines Desjoyaux évolue toutefois dans un secteur très concurrentiel, évalué entre 3.1 et 3.5 milliards d’euros dans l’Hexagone. Elle y côtoie des acteurs comme Waterair sur le bassin en kit, Magiline sur la piscine connectée, Alliance Piscines sur la coque, Diffazur sur le béton sur-mesure ou Piscinelle sur le format compact, sans oublier la concurrence historique des artisans maçons et des fabricants de coques en polyester, plus agressifs sur les prix.
L’économie circulaire au service de la souveraineté industrielle
L’entreprise a par ailleurs bâti, à bas bruit, une expertise reconnue en plasturgie et en économie circulaire. Son centre de tri et de recyclage entièrement robotisé traite chaque année 6 000 tonnes de polypropylène et 5 000 tonnes de polyéthylène collectés en région Rhône-Alpes, de quoi couvrir ses propres besoins et revendre l’excédent à des acteurs de la distribution et de la logistique. Son atelier de calandrage, qui produit les liners en PVC souple tapissant les bassins, peut dérouler jusqu’à 5 millions de mètres carrés par an, très au-delà du million nécessaire à sa production. Desjoyaux prévoit désormais de doubler cette capacité pour fabriquer des feuilles en polyéthylène armé destinées à l’isolation de toitures, un marché aujourd’hui dominé par le suisse Sika et l’alsacien Soprema.
Le nouvel atelier de calandrage tout juste inauguré doit accueillir la fabrication de moteurs à trois vitesses et de pompes basse consommation, un huitième métier pour le groupe, financé dans le cadre du plan d’investissement de 50 millions d’euros sur cinq ans. Objectif : atteindre une souveraineté industrielle complète d’ici la fin 2027, dans un secteur qui a pourtant largement délocalisé sa production au cours des vingt dernières années.
Une demande de plus en plus dictée par le climat
La demande reste par ailleurs très sensible aux épisodes climatiques : les contacts commerciaux ont bondi de 118 % après la vague de chaleur de mai, et le chiffre d’affaires progresse en moyenne de 20 à 30 % lors des années de forte canicule. En parallèle, les usages évoluent : le bassin bleu turquoise des années 1980 cède la place à des formats plus petits et personnalisables, comme les mini-piscines de 4 x 3.5 mètres, dont 300 unités ont déjà été livrées depuis le début de l’année. Le groupe, qui affiche un endettement négatif, prévoit de célébrer ses 60 ans le 9 octobre prochain à La Fouillouse, avant d’envisager la transmission de l’aventure à une quatrième génération.