Le statut d'auto entrepreneur a-t-il un avenir ?

Créer une entreprise facilement, avec des démarches d'inscription simples, un calcul de cotisation enfantin et permettre le développement de l'entreprenariat dans une période de crise, c'est ce que prévoyait le gouvernement en créant en 2009 le statut d'auto –entrepreneur. Après quelques années, quel est le bilan de ce régime ? Est-il adapté à la franchise ?

Un statut qui a séduit 800 000 Français en 2011

Il est indéniable que ce régime permet de facilement se mettre à son compte. Il faut cependant mettre un bémol et bien analyser ses limites si l'on veut créer une entreprise pérenne qui fait évoluer son chiffre d'affaires et se projette à long terme.
Les points positifs : Une inscription en quelques clics et un calcul de cotisation facile (un pourcentage du chiffre d'affaires) à déclarer chaque mois ou trimestre. Ce régime peut susciter des vocations, permettre de se lancer sans grands risques et voir si vous êtes fait pour l'entreprenariat. Il a permis à des seniors ou des demandeurs d'emploi de se sortir de leur statuts précaires et de s'affirmer dans la société en gardant une activité même si souvent elle n'est que partielle.
Quant aux cotisations, elles ne sont pas perçues d'avance mais payées une fois les recettes engrangées.
Les points négatifs : La limite de chiffre d'affaires. Pour les seuils annuels de recettes, il ne faut pas dépasser 32 600 euros pour des prestations de services (Micro-BNC) et 81 500 euros pour les ventes de produits. Donc réservé à des activités souvent peu lucratives ou irrégulières.

La franchise de la TVA octroyée à l'auto entrepreneur est-elle avantageuse ?

Cela peut paraitre un atout mais peut vite se retourner contre lui. En effet, il ne facture pas de TVA aux clients mais ne peut à son tour déduire la TVA des achats qu'il effectue pour faire tourner son entreprise. Par exemple, un auto entrepreneur en petits travaux de maison aura des frais d'essence et de matériel dont il ne pourra déduire ni les achats, ni la TVA. Cela peut paraitre anodin mais peut avoir un impact sur les tarifs appliqués qui deviennent alors peu compétitifs quand on connait les frais fixes d'une entreprise (téléphone, voiture, frais de bureaux, etc)
Le patrimoine personnel est mal protégé : la responsabilité de l'auto entrepreneur est illimitée pour les dettes contractées pendant son activité professionnelle. Pour protéger son patrimoine familial (sa maison par exemple), il devra faire une déclaration d'insaisissabilité de son habitation qui n'est pas affecté à l'activité. Attention aussi à contracter une assurance civile professionnelle afin d'être couvert en cas d'erreur ou d'accident.
L'auto entrepreneur ne bénéficie pas de prestations chômage en cas d'échec de son entreprise. Concernant les auto entrepreneurs salariés ou retraités, ils vont cotiser deux fois à l'assurance maladie et vieillesse : sous leurs statuts de salarié ou retraité et sous celui d'auto entrepreneur.

Beaucoup d'inscrits au départ mais peu de chiffre d'affaires à l'arrivée

Le statut a séduit de nombreux Français (sur les 800 000 auto-entrepreneurs dont deux tiers sont des hommes) qui se sont inscrits –cela ce coûte rien – mais seulement la moitié ont apporté des recettes et le chiffre d'affaires moyen n'est que de 6 300 euros sur les trois premiers trimestres de 2010. Cela prouve encore une fois que ce régime est souvent utilisé comme source de revenu complémentaire mais qu'il a permis de développer la création d'entreprise en France, de permettre à certains d'avoir passé le pas, de limiter le travail au noir.

Le statut d'auto entrepreneur lié à la conjoncture

Il a peut-être un avenir pour qui veut avoir une activité de complément et pour les porteurs de projets qui veulent entreprendre à moindre risques. Il a cependant ses limites et ne peut être durable pour quiconque se lance vraiment dans la création d'entreprise.
Il faudra lors passer par des régimes plus adaptés comme  l'EIRL qui constitue une base plus pérenne pour l'entreprise et met le patrimoine personnel à l'abri.
Difficile de se lancer avec ce statut quand il faut investir beaucoup au départ en termes de matériels ou de locaux. Il est avantageux quand il est possible de travailler chez soi sans louer de local et ne demande pas d'achat de matériel spécialisé.

Par contre, ceux qui se sont lancés dans l'aventure en pensant que le garage familial suffirait à stocker les outils ou les produits ont souvent constater une dérive qu'ils n'avaient pas prévu : surstocks dans le cas de vente de produits ou nécessité d'acheter des outils pour professionnels pour certains services (bricolage, jardinage, etc…). fort est de constater que ces nouveaux entrepreneurs sont souvent isolés et sans assistance Ils ont lâché le statut de demandeur d'emploi, ils découvrent celui d'entrepreneur précaire

L'auto entreprise est-elle compatible avec la franchise ?

Les réseaux de franchises exigent souvent des investissements plus ou moins important et peu sont compatibles avec le statut d'auto-entrepreneur. Certains secteurs sont plus concernés par ce régime : les franchises de services, ou les franchises de conseils, concepts les moins coûteux. Cependant, le tout réussir sans investir est un leurre : comment développer une entreprise sur le long terme en franchise ou en individuel sans un minimum de risques financiers et personnels. Aussi même en étant auto entrepreneur dans une franchise, il faudra investir pour bénéficier d'un savoir-faire, d'une assistance au démarrage et pendant tout le contrat.
Surement plus de chances de réussir que seul face à tous les problèmes d'une entreprise quelle que soit sa taille et son statut.

Lire aussi : En savoir plus sur le projet de loi visant à réformer le statut d'auto entrepreneur

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  • Crée le: 27/05/12 02:00

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