Interview de Jean Samper pour Tunis Med Franchise

Entretien conduit par Amel Bel Hadj Ali de Webmanagercenter en préparation du 1er salon Tunismed franchise de décembre 09. Ce salon s'organise pour la seconde fois en décembre 2010.
Le concept de la franchise expliqué par Jean Samper, de AC Franchise est de l'eau de roche, il coule de source. Dans l'entretien ci-après, il nous éclaire sur les enjeux de la franchise et l'impact qu'elle peut avoir sur l'élévation du niveau des pratiques commerciales en Tunisie ainsi que la modernisation du secteur du commerce.
Webmanagercenter : Pensez-vous que la réglementation sur la franchise promulguée dans le cadre de la loi sur la grande distribution en Tunisie, développera le commerce en Tunisie ?
Jean Samper : Si nous prenons l'exemple marocain, pays proche de la Tunisie, il n'y existe pas de loi sur la franchise et pourtant dans la pratique cela fonctionne. Il n'y a pas de règlementations qui freinent de manière importante l'exportation des capitaux ou des royalties. Il y a tout juste un contrôle effectué par la banque centrale pour que les royalties versées à l'étranger correspondent à un véritable service et non pas à une fuite de capitaux, ce qui est tout à fait compréhensible.
En Algérie il n'y a pas de loi sur la franchise ce qui n'empêche pas son existence, mais il y a un cadre gênant sur la circulation et l'exportation des capitaux et la règlementation de change qui freine l'exportation des royalties de redevances de marque. La loi ne permet que des redevances pour des prestations de service. Donc, les Algériens peuvent payer à l'étranger des abonnements à des hotlines, des prestations de services calculées sur la base forfaitaire ou sur une base de pourcentage, mais la Banque centrale d'Algérie n'autorise l'exportation de ces redevances qu'à partir du moment où elles correspondent à une réelle prestation de service, une simple redevance étant refusée. Or le prêt d'un concept ou d'une marque n'est pas considéré par la Banque centrale algérienne comme une prestation de service.
Avec l'avènement des centres commerciaux, cette modernisation va s'accélérer, doit s'accélérer mais il faut pour cela que le commerce algérien soit confrontée à la concurrence étrangère pour évoluer.
En Tunisie, il existe plusieurs réseaux qui fonctionnent un peu comme des franchises light avec relativement peu de services dans l'ensemble, c'est un peu entre la concession et la franchise, si ce n'est qu'elles ne s'appellent pas franchise. Pour des raisons purement tunisiennes, la notion de franchise était un petit peu mal vue.
Ce qu'il faut pour s'implanter dans un pays c'est la liberté de pouvoir contracter et la liberté de pouvoir encaisser un droit d'entrée et des redevances. Loi ou pas, pour développer des activités commerciales et les moderniser, il faut encourager la libre concurrence avec les étrangers qui apportent une autre manière de commercer et d'autres approches tant au plan de la standardisation du produit que de la qualité de service.
Webcentermanager : Certains importateurs intéressés par le statut de franchisés de marques internationales ont peur que les royalties, si elles ne sont pas fixées par la loi, soient exagérément prélevées par les franchiseurs.
Ce sont des craintes mal fondées. Ceci est dû au manque d'informations. Il y a une forte concurrence et elle suffit à modérer les taux pratiqués.
Mais je voudrais parler d'un problème de mentalité important pour la franchise. La franchise ne fonctionne qu'à partir du moment où il y a un contrat écrit. Souvent dans les pays du Maghreb ou dans le Moyen-Orient, on signe des contrats en les lisant en diagonale sans s'attacher aux détails.
Or il faut s'attacher à chaque mot et à chaque lettre. Lorsqu'un contrat est signé entre un Maghrébin et un Européen, le premier va être surpris quand le second exigera le respect de ce qui est signé et le second ne se rend pas compte qu'il a signé son contrat avec une personne qui accorde plus d'importance aux rapports de confiance avec du «on va se débrouiller plus tard» qu'aux écrits.
La franchise fonctionne très bien quand les deux contractants se sont mis d'accord sur tous les détails avant même de signer. Comment voulez-vous que le droit d'entrée et les royalties soient trop élevées puisque cela a été fixé au départ dans le contrat et nécessairement par un franchiseur qui a des références de fonctionnement dans les autres pays et qui fixe ses redevances en fonction du coût des services qu'il va donner ?
Je souhaite que le décret d'application soit intelligent. La loi stipule que le franchiseur doit remettre un document dont le contenu sera fixé dans le décret d'application bien avant la signature du contrat et donner toutes les informations au futur franchisé pour qu'il puisse savoir quels sont les implications, les coûts, les services, les données, etc. Il est vrai qu'il peut y avoir des abus mais dans le cas des franchiseurs internationaux déjà présents dans plusieurs pays, il s'agira de très peu d'abus car leur préoccupation principale est de réussir et de préserver leurs réputations. Ils n'ont pas intérêt à ce que leurs réputations soient ternies si jamais ils veulent s'installer en Tunisie car s'ils échouent, c'en est fini de leurs réputations. Il leur sera, par conséquent, très difficile de se développer. Par contre, il faudrait être prudent avec ceux qui ne sont pas de gros franchiseurs, qui n'ont pas de bases solides dans leurs pays et dont c'est la première aventure à l'exportation parce qu'ils peuvent manquer de compétence dans la fixation des bons niveaux de royalties, la mise en place des structures adéquates et des services nécessaires aux franchisés pour réussir.

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  • Crée le: 21/05/10 02:00

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